«Il faut lui donner le lapin!»
Le marchand n'avait pas l'air de se presser en effet, mais la foule approche, avance et va faire une gibelotte avec l'homme s'il ne donne pas le lapin qui est là et qui broute.
Je l'ai, je l'ai! Je le tiens par les oreilles et je l'emporte.
Il faut voir le monde qu'il y a! Le lapin fait des sauts terribles. Il va m'échapper tout à l'heure.
Comme dans toutes les luttes, chaque côté a ses partisans. Les uns tiennent pour le lapin, les autres pour le Suisse—c'est moi, le Suisse—et je sens toute la responsabilité qui pèse sur ma tête. Quelquefois l'animal fait un bond qui épouvante les miens. Je voudrais changer de main, le prendre par la queue de temps en temps. Je n'ose pas devant cette foule.
Je n'ai pas le courage de tourner la tête, mais je devine que les rangs se sont grossis.
On marque le pas.
Je suis en avant, à quelques pas de la colonne, seul comme un prophète ou un chef de bande…
On se demande sur la route ce que nous voulons, si c'est une idée religieuse ou une pensée sociale qui me pousse.
Si elle est pratique, on verra;—mais que je laisse là le lapin!
—Est-ce un drapeau?—Il faut le dire alors.