À six heures du matin, je me suis trouvé en plein Puy, devant le café des Messageries.

Je laisse mon bagage au bureau, et je grimpe vers notre ancienne maison, où mademoiselle Balandreau doit m'attendre. On lui a écrit que j'arriverais, sans fixer le jour.

Je frappe.

Ah! ce n'est pas long! La bonne vieille fille m'arrive ébouriffée et émue! et m'embrasse, m'embrasse—comme jamais ne m'a embrassé ma mère.

Elle s'occupe de me débarrasser, et elle a peur que je sois las, et que j'aie eu froid…

«Tu dois être fatigué. Ôte-moi ce paletot-là. Ce n'est pas possible, ce n'est pas toi!—Comme tu es grand!—Toute la nuit en voiture, pauvre petit,—tu dois avoir sommeil. As-tu dormi?

—Pas fermé l'oeil.»

Je mens comme un arracheur de dents, mais cela la flattera que son favori n'ait pas fermé l'oeil et paraisse si frais, si fort.— C'est un grand garçon qui peut passer les nuits.

«Veux-tu te coucher?—Tiens, couche-toi.—Tu ne veux pas?— Tu vas prendre une tasse de café au moins?—Tu sais, comme je t'en donnais en cachette de ta mère, avec du lait.—Tu l'écrémais toujours,—tu disais: "donne-moi la peau".»

Comme elle m'aime!