—Pour toi, pour t'amuser en vacances.»

Je viens de faire le tour de la ville, j'ai longé la rivière, j'ai cherché des endroits déserts, j'avais besoin d'être seul.

À la tête d'une fortune!—Si jeune, à mon âge, sans que j'aie besoin d'en rendre compte à mes parents, avec le droit d'en disposer comme je l'entendrai, de faire des folies ou d'économiser, de mettre cet argent dans un pot ou de le jeter par les fenêtres!

Il y a peut-être un crime là-dessous.

Non, M. Buzon, le destinataire, est un honnête homme, il a une bonne figure,—même l'air un peu bête;—j'ai entendu dire que les criminels n'ont jamais l'air bête. M. Buzon a une situation à l'abri du soupçon.

Cependant!—Je ne sais pas, moi, si je dois garder l'argent de ce monsieur!… Oh! j'ai eu tort. Je suis un petit mendiant.

«Dis, mademoiselle Balandreau, tu le lui rapporteras, je t'en prie! tu diras que je l'ai pris sans savoir…»

Et je n'ai pas de cesse que je ne l'aie entraînée par sa robe jusque devant la porte du monsieur «au rognon».

Je suis caché dans un coin et je regarde si elle entre.

Quand elle sort, elle me dit: «C'est fait», et elle m'embrasse en se frottant le nez plusieurs fois.