Dix minutes après, je vois Margoton qui fait ses paquets et à qui on règle son compte. Elle a laissé de la viande dans son assiette: qu'y a-t-il?

Les larmes lui sortent des yeux comme des gouttes de bouillon.

«Madame, c'était pour le bon motif!

—Pour le bon motif!… dans une cave!…»

Qu'est-ce que c'est que le bon motif? On ne m'en dit rien, mais quelques jours après, ma mère parlant à mon père cause de Margoton.

«Heureusement nous avons eu cette occasion de la renvoyer sans que le proviseur se fâche. Si elle n'avait pas eu ce routier pour amant!»

Je ne comprends pas.

Il est décidé qu'on ne prendra plus de bonnes qu'on nourrira: ça fatigue trop ma mère!

Je vois arriver un matin une grosse fille, rouge, mais rouges avec des taches de rousseur, courte et ronde,—une boule. Des yeux qui sortent de la tête, et de l'estomac qui crève sa robe! Il nous vient beaucoup d'estomac à la maison.

Elle doit venir faire la vaisselle, l'ouvrage sale, et accompagner ma mère au marché pour porter les provisions. Ma mère veut même qu'elle sorte avec moi, pour montrer que nous avons toujours une bonne, qu'il y a une domestique attachée à ma personne. J'obéis, en allant en peu en avant ou en arrière de Pétronille; c'est son nom. Elle a malheureusement la manie de parler et elle s'accroche à moi; on nous voit ensemble.