Il y a un jardin derrière l'école, avec une balançoire et un trapèze.
Je regarde avec admiration ce trapèze et cette balançoire; seulement il m'est défendu d'y monter.
C'est ma mère qui a recommandé aux parents du petit garçon de ne pas me laisser me balancer ou me pendre.
Madame Haussard, la directrice, ne se soucie pas d'être toujours à me surveiller; mais elle m'a fait promettre d'obéir à ma mère. J'obéis.
Madame Haussard aime bien son fils, autant que ma mère m'aime; et elle lui permet pourtant ce qu'on me défend!
J'en vois d'autres, pas plus grands que moi, qui se balancent aussi.
Ils se casseront donc les reins?
Oui, sans doute; et je me demande tout bas si ces parents qui laissent ainsi leurs enfants jouer à ces jeux-là ne sont pas tout simplement des gens qui veulent que leurs enfants se tuent. Des assassins sans courage! des monstres! qui, n'osant pas noyer leurs petits, les envoient au trapèze—et à la balançoire!
Car enfin, pourquoi ma mère m'aurait-elle condamné à ne point faire ce que font les autres?
Pourquoi me priver d'une joie?