Oh! on ne m'embête pas beaucoup! Je suis solide, et je n'ai pas mes parents pour me rendre timide, honteux, gauche. Ça m'est à peu près égal qu'on me blague, je ne suis pas ébloui par les copains.

Ah! je me faisais une autre idée de ces forts en latin! Je trouvais la province plus gaie, moi!

Ils parlent toujours, mais toujours de la même chose,—de celui-ci qui a eu un prix, de celui-là qui a failli l'avoir; il y a eu un barbarisme commis par Gerbidon, un solécisme par…

«Chez Labadens, tu sais, le petit qui devait avoir le prix de version grecque, il n'est pas venu parce que son père était mort le matin. Labadens a été le chercher en lui promettant qu'il le ramènerait en voiture à l'enterrement. Il n'a pas voulu et a continué à pleurer.»

Ils ont l'air de trouver ce petit stupide.

La pension mène à Bonaparte.

Le mardi, on a le droit de rester pour fignoler sa composition, et je reste jusqu'à ce que le professeur ait eu le temps de tourner le coin; alors je m'échappe aussi. J'ai devant moi une grande heure, au bout de laquelle j'irai porter chez son concierge la copie qu'on me croit en train de finir.

Je flâne dans les rues pleines de femmes en cheveux; elles sont si gaies et si jolies avec leurs grands sarraux d'atelier! Je les suis des yeux, je les écoute fredonner, et je les regarde à travers les vitres déjeuner à côté de ciseleurs en blouses blanches et d'imprimeurs en bonnets de papier. C'est tout ce que je regarde.

Je n'ai pas envie de voir les monuments, quoiqu'il n'y ait plus de bagages pour m'en empêcher; je trouve que toutes les pierres se ressemblent, et je n'aime que ce qui marche et qui reluit.

Je ne connais donc rien de Paris, rien que les alentours du faubourg Saint-Honoré, le chemin du lycée Bonaparte, la rue Miromesnil, la rue Verte, place Beauvau; j'y rencontre beaucoup de domestiques en gilet rouge et de femmes de chambre, en coiffe, dont les rubans volent à la brise.