J'eus de l'argent devant moi, et en plus une réputation de friand du coup de poing.
N'importe, je reviens toujours pensif de cet estaminet de riches! Et la nuit, dans mon lit d'écolier, je me demande ce que je deviendrai, moi que l'on destine à une école dans laquelle j'ai peur d'entrer, moi qui n'ai pas, comme ces volailles, ma volonté, mon but, et qui n'aurai pas de fortune.
Ma vie des dimanches change tout d'un coup.
Il y avait au collège de Nantes un élève modèle nommé Matoussaint.
Matoussaint vient rester à Paris. Mon père lui a donné une lettre qui l'autorise à me faire sortir le dimanche.
Matoussaint n'est libre qu'à deux heures. C'est bien assez de la demi-journée,—nous ne savons que faire jusqu'à cinq heures; nous ne voulons pas aller au café pour ne pas dépenser notre argent. Il m'a apporté vingt francs de la part de ma mère; mais je les ménage.
Nous tuons mal l'après-midi.—C'est ennuyeux, je trouve, de se promener quand tous les autres se promènent aussi, et qu'on a tous l'air bête. Ah! si c'était comme en semaine! On verrait grouiller le monde. Aujourd'hui, on ne fait pas de bruit; on glisse comme des prêtres.
Il faudrait aller à Meudon. Là on rit, on s'amuse.
Mais c'est_ dix sous_, de Paris à Meudon! Attendons qu'on ait fait fortune!
«Ça fait du bien de marcher par ce froid-là», dit Matoussaint,— qui veut me faire croire qu'il s'amuse, mais qui grelotte comme un lustre qu'on époussette.