C'est ma mère! Elle s'avance et, mécaniquement, me prend la tête.
Le petit Japonais rit, le créole bâille,—il bâille toujours.
Ma tête a été prise de côté, et ma mère a toutes les peines du monde à trouver une place convenable pour m'embrasser.
On nous a fait entrer dans une chambre où l'on voit à peine clair, c'est le soir, et la bougie que le concierge apporte ne jette qu'une faible lumière.
«Comme tu as grandi! comme tu es devenu fort!»
C'est son premier mot. Elle ne me laisse pas le temps de parler; elle me tourne, retourne, et vire sur ses petites jambes.
«Embrasse-moi donc comme il faut; va, ne sois pas méchant pour ta mère.»
C'est dit d'assez bon coeur. Elle crie toujours:
«Tu as si bonne tournure! Je t'ai apporté un habit à la française; je te ferai faire des bottes. Mais fais-toi donc voir: de la moustache! tu as des moustaches!»
Elle n'y peut plus tenir de joie, d'orgueil. Elle lève les mains au ciel et va tomber à genoux.
«C'est que tu es beau garçon, sais-tu!»