On a pensé à moi pour une leçon.
Mes succès de collège m'ont fait une réputation; et puis quelques personnes, devinant peut-être le drame muet qui se joue chez nous, veulent me montrer de l'amitié.
L'une de ces personnes s'adresse à ma mère; c'est une dame qui veut que j'apprenne un peu de latin à son fils. Ma mère a répondu:
«Madame, je serais bien contente s'il pouvait gagner un peu d'argent, parce qu'il se disputerait moins avec son père. Ils sont bons tous deux, dit-elle, mais ils se chamaillent toujours.—Il faudrait, par exemple, que vous parliez à M. Vingtras pour qu'il achète une culotte à Jacques, si vous ne voulez pas (esquissant un sourire) qu'il aille chez vous tout nu—sauf votre respect. Je vous dis ça comme une paysanne; c'est que je suis partie de bas.— J'ai gardé les vaches, voyez-vous!»
J'entends cela de la chambre où je suis. Pauvre mère!
La personne qui venait chercher la leçon s'en va, ayant peur de recevoir une carafe à la tête, quelque bouteille égarée de son chemin,—si mon père rentrait et que nous nous prissions aux cheveux. Puis elle ne se sent pas le courage de parlementer pour ma culotte. En un mot, on a gardé des animaux dans notre famille, et elle vient chercher un professeur et non pas un berger.
Ma mère attend une réponse. (On doit lui écrire.)
«Je lui ai pourtant dit ce qu'il fallait dire, fait-elle en croisant les bras; oh! ces riches, ces riches!…»
Ah! cette paysanne!
Ma réputation de fort en thème me fait retrouver pourtant une leçon; mais mon père, afin de m'humilier, ne me laisse pas même prendre dans sa garde-robe une culotte neuve. Mes habits ne tiennent pas.