«Je te jure que je vais travailler, bien travailler, mais n'aie plus vis-à-vis de moi cette attitude cruelle!»
Il me renverrait comme un menteur. J'ai bien vu cela, quand j'étais plus jeune.
Deux ou trois fois, quand il allait m'humilier ou me battre, je lui promis, s'il ne le faisait point, de tenir n'importe quelle parole il voudrait. Il avait fait fi de mes engagements, et je lui en avais voulu, tout enfant que je fusse, de si peu croire au courage de son fils.
Aujourd'hui encore il me rirait au nez et il croirait que je caponne!
Allons! je vivrai à côté de lui comme à côté d'un garde-chiourme, et je travaillerai tout de même! C'est dit.
Mais, le lendemain soir, ma mère venait m'annoncer, tout effrayée, que mon père ne voulait plus que je restasse dehors et que je courusse les cafés comme un vagabond. Il fallait être rentré à huit heures, ou sinon je coucherais dans la rue.
J'y ai couché.
C'est long, une nuit à assassiner, et vers deux heures du matin il a plu. J'étais trempé jusqu'aux os, j'avais les pieds glacés, et je me cachais sous les auvents des portes. J'avais peur aussi des sergents de ville! J'ai tourné, tourné, autour de la maison. À dix heures, elle avait été fermée, suivant la menace. J'avais trouvé le verrou mis.
Demain encore, je le trouverai tiré si mon père a autant de courage que moi.
Je ne tiens pas à rôder dans les rues. J'aimerais mieux être dans ma chambre, mais on a l'air de me menacer. Je ne veux pas paraître avoir peur, et je grelotte, et mes dents claquent.