Ils n'ont pas du tout l'air méchant.
Un jour on en a emmené un sur une civière, avec un drap blanc qui le couvrait tout entier; il s'était mis le poignet sous une scie, après avoir volé; il avait coulé tant de sang qu'on croyait qu'il allait mourir.
Le geôlier, en sa qualité de voisin, est un ami de la maison; il vient de temps en temps manger la soupe chez les gens d'en bas, et nous sommes camarades, son fils et moi. Il m'emmène quelquefois à la prison, parce que c'est plus gai. C'est plein d'arbres; on joue, on rit, et il y en a un, tout vieux, qui vient du bagne et qui fait des cathédrales avec des bouchons et des coquilles de noix.
À la maison, l'on ne rit jamais; ma mère bougonne toujours.—Oh! comme je m'amuse davantage avec ce vieux là et le grand qu'on appelle le braconnier, qui a tué le gendarme à la foire du Vivarais!
Puis, ils reçoivent des bouquets qu'ils embrassent et cachent sur leur poitrine. J'ai vu, en passant au parloir, que c'étaient des femmes qui les leur donnaient.
D'autres ont des oranges et des gâteaux que leurs mères leur portent, comme s'ils étaient encore tout petits. Moi, je suis tout petit, et je n'ai jamais ni gâteaux, ni oranges.
Je ne me rappelle pas avoir vu une fleur à la maison. Maman dit que ça gêne, et qu'au bout de deux jours ça sent mauvais. Je m'étais piqué à une rose l'autre soir, elle m'a crié: «Ça t'apprendra!»
J'ai toujours envie de rire quand on dit la prière. J'ai beau me retenir! Je prie Dieu avant de me mettre à genoux, je lui jure bien que ce n'est pas de lui que je ris, mais, dès que je suis à genoux, c'est plus fort que moi. Mon oncle a des verrues qui le démangent, et il les gratte, puis il les mord; j'éclate.—Ma mère ne s'en aperçoit pas toujours, heureusement; mais Dieu, qui voit tout, qu'est-ce qu'il peut penser?
Je n'ai pas ri pourtant, l'autre jour! On avait dîné à la maison avec ma tante de Vourzac et mes oncles de Farreyrolles; on était en train de manger la tourte, quand tout à coup il a fait noir. On avait eu chaud tout le temps, on étouffait, et l'on avait ôté ses habits. Voilà que le tonnerre a grondé. La pluie est tombée à torrents, de grosses gouttes faisaient floc dans la poussière. Il y avait une fraîcheur de cave, et aussi une odeur de poudre; dans la rue, le ruisseau bouillait comme une lessive, puis les vitres se sont mises à grincer; il tombait de la grêle.
Mes tantes et mes oncles se sont regardés, et l'un d'eux s'est levé; il a ôté son chapeau et s'est mis à dire une prière. Tous se tenaient debout et découverts, avec leurs fronts jeunes ou vieux pleins de tristesse. Ils priaient Dieu de n'être pas trop cruel pour leurs champs, et de ne pas tuer, avec son plomb blanc, leurs moissons en fleur.