J'y vais avec ma cousine Henriette.

C'est pour voir Pierre André, le sellier du faubourg, qu'elle y vient.

Il est de Farreyrolles comme elle et elle doit lui donner des nouvelles de sa famille, des nouvelles intimes et que je ne puis pas connaître; car ils s'écartent pour se les confier, et elle les lui dit à l'oreille.

Je le vois là-bas qui se penche; et leurs joues se touchent. Quand
Henriette revient, elle est songeuse et ne parle pas.

Il y a aussi la promenade d'Aiguille, toute bordée de grands peupliers. De loin ils font du bruit comme une fontaine.

C'est l'automne; ils laissent tomber des feuilles d'or qui ont encore la queue vivante et la peau tendre comme des poires.

Je m'amuse à bouleverser ces tas de feuilles sous mes pieds. Plus loin, de hauts marronniers, avec les marrons tombés. J'en ramasse plein mes poches pour en faire des chapelets; mais je ne pensais pas au bon Dieu en les enfilant!

Je me figure que je troue des rognons, de ces beaux rognons frais, violets, luisants que j'entrevois chez les bouchers.

Ce que j'aime, c'est le soleil qui passe à travers les branches et fait des plaques claires, qui s'étalent comme des taches jaunes sur un tapis; puis les oiseaux qui ont des pattes élastiques comme des fils de fer, avec une tête qui remue toujours;—et surtout cet air frais, ce silence!

On ne distingue que la cloche du couvent de Sainte-Marie, et le bruit que fait un attelage à grelots dans la route blanche, là-bas…