Il y a des embrassades et des querelles.
Il y a des engueulades qui rougissent les yeux, bleuissent les joues, crispent les poings, arrachent les cheveux, cassent les oeufs, renversent les éventaires, dépoitraillent les matrones et me remplissent d'une joie pure.
Je nage dans la vie familière, grasse, plantureuse et saine.
J'aspire à plein nez des odeurs de nature: la marée, l'étable, les vergers, les bois…
Il y a des parfums âcres et des parfums doux, qui viennent des paniers de poissons ou des paniers de fruits, qui s'échappent des tas de pommes ou des tas de fleurs, de la motte de beurre ou du pot de miel.
Et comme les habits sont bien des habits de campagne!
Les vestes des hommes se redressent comme des queues d'oiseaux, les cotillons des femmes se tiennent en l'air comme s'il y avait un champignon dessous.
Des cols de chemise comme des oeillères de cheval, des pantalons à ponts, couleur de vache, avec des boutons larges comme des lunes, des chemises pelucheuses et jaunes comme des peaux de cochons, des souliers comme des troncs d'arbre…
Les parapluies énormes, en coton sang-de-boeuf, les longs bâtons qui ont le bout comme un oignon, les petites poules noires qui se cognent contre les cages, les coqs fiers, piaffant sur leurs pattes à la hussarde…
C'est l'arche de Noé en plein vent, déballée sur un lit de fumier, de paille et de feuillage.