Et à chaque coup de poing que je lui portais, à ce malheureux, je me figurais que je semais une graine, que je plantais une espérance dans le champ de l'avancement paternel.
Grâce à cette bonne aventure, j'échappai au plus épouvantable des dangers, celui d'être—comme fils de professeur—persécuté, isolé, cogné. J'en ai vu d'autres si malheureux!
Si cependant mon père m'avait défendu de me battre; si Rosée eût été le fils du maire; s'il avait fallu, au contraire, être battu?…
On doit faire ce que les parents ordonnent; puis c'est leur pain qui est sur le tapis. Laisse-toi moquer et frapper, souffre et pleure, pauvre enfant, fils du professeur…
Puis les principes!
«Que deviendrait une société, disait M. Beliben, une société qui… que… Il faut des principes… J'ai encore besoin d'un haricot…»
J'eus la chance de tomber sur Rosée.
Où qu'il soit dans le monde, s'il est encore vivant, que son nez reçoive mes sincères remerciements:
Calice à narines, sang de mon sauveur, Salutaris nasus, encore un baiser!
… J'ai été puni un jour: c'est, je crois, pour avoir roulé sous la poussée d'un grand, entre les jambes d'un petit pion qui passait par là, et qui est tombé derrière par-dessus tête! Il s'est fait une bosse affreuse, et il a cassé une fiole qui était dans sa poche de côté; c'est une topette de cognac dont il boit— en cachette, à petits coups, en tournant les yeux. On l'a vu: il semblait faire une prière, et il se frottait délicieusement l'estomac.—Je suis cause de la topette cassée, de la bosse qui gonfle… Le pion s'est fâché.