Clic, clac! on farfouille dans la serrure.
Est-ce Vendredi? Sont-ce des sauvages?
C'est le petit pion qui s'est souvenu, en se levant, qu'il m'avait oublié, et qui vient voir si j'ai été dévoré par les rats, ou si c'est moi qui les ai mangés.
Il a l'air un peu embarrassé, le pauvre homme!—Il me retrouve gelé, moulu, les cheveux secs, la main fiévreuse; il s'excuse de son mieux et m'entraîne dans sa chambre, où il me dit d'allumer un bon feu et de me réchauffer.
Il a du thon mariné dans une timbale «et peut-être bien une goutte de je ne sais quoi, par là dans un coin, qu'un ami a laissée il y a deux mois».
C'est une topette d'eau-de-vie, son péché mignon, sa marotte humide, son dada jaune.
Il est forcé de repartir, de rejoindre sa division. Il me laisse seul, seul avec du thon,—poisson d'Océan,—la goutte—salut du matelot—et du feu,—phare des naufragés.
Je me rejette dans le livre que j'avais caché entre ma chemise et ma peau, et je le dévore—avec un peu de thon, des larmes de cognac—devant la flamme de la cheminée.
Il me semble que je suis dans une cabine ou une cabane, et qu'il y a dix ans que j'ai quitté le collège; j'ai peut-être les cheveux gris, en tout cas le teint hâlé.—Que sont devenus mes vieux parents? Ils sont morts sans avoir eu la joie d'embrasser leur enfant perdu? (C'était l'occasion pourtant, puisqu'ils ne l'embrassaient jamais auparavant.) Ô ma mère! ma mère!
Je dis: «ô ma mère!» sans y penser beaucoup, c'est pour faire comme dans les livres.