—Bon, reprit Nicholl, que chacun agisse à sa guise! Moi je dors!»
Et s'étendant sur un divan, Nicholl ne tarda pas à ronfler comme un boulet de quarante-huit.
«Ce Nicholl est plein de sens, dit bientôt Barbicane. Je vais l'imiter.»
Quelques instants après, il soutenait de sa basse continue le baryton du capitaine.
«Décidément, dit Michel Ardan, quand il se vit seul, ces gens pratiques ont quelquefois des idées opportunes.»
Et, ses longues jambes allongées, ses grands bras repliés sous sa tête, Michel s'endormit à son tour.
Mais ce sommeil ne pouvait être ni durable, ni paisible. Trop de préoccupations roulaient dans l'esprit de ces trois hommes, et quelques heures après, vers sept heures du matin, tous trois étaient sur pied au même instant.
Le projectile s'éloignait toujours de la Lune, inclinant de plus en plus vers elle sa partie conique. Phénomène inexplicable jusqu'ici, mais qui servait heureusement les desseins de Barbicane.
Encore dix-sept heures, et le moment d'agir serait venu.
Cette journée parut longue. Quelque audacieux qu'ils fussent, les voyageurs se sentaient vivement impressionnés à l'approche de cet instant qui devait tout décider, ou leur chute vers la Lune, ou leur éternel enchaînement dans un orbe immutable. Ils comptèrent donc les heures, trop lentes à leur gré, Barbicane et Nicholl obstinément plongés dans leurs calculs, Michel allant et venant entre ces parois étroites, et contemplant d'un œil avide cette Lune impassible.