«Les chiens! Ce sont les chiens!» s'écria Michel Ardan, se relevant aussitôt.
—Ils ont faim, dit Nicholl.
—Pardieu! répondit Michel, nous les avons oubliés!
—Où sont-ils?» demanda Barbicane.
On chercha, et l'on trouva l'un de ces animaux blotti sous le divan. Épouvanté, anéanti par le choc initial, il était resté dans ce coin jusqu'au moment où la voix lui revint avec le sentiment de la faim.
C'était l'aimable Diane, assez penaude encore, qui s'allongea hors de sa retraite, non sans se faire prier. Cependant Michel Ardan l'encourageait de ses plus gracieuses paroles.
«Viens, Diane, disait-il, viens, ma fille! toi, dont la destinée marquera dans les annales cynégétiques! toi que les païens eussent donnée pour compagne au dieu Anubis, et les chrétiens pour amie à saint Roch! toi, digne d'être forgée en airain par le roi des enfers, comme ce toutou que Jupiter céda à la belle Europe au prix d'un baiser! toi, dont la célébrité effacera celle des héros de Montargis et du mont Saint-Bernard! toi, qui, t'élançant vers les espaces interplanétaires, seras peut-être l'Ève des chiens sélénites! toi qui justifieras là-haut cette parole de Toussenel: «Au commencement. «Dieu créa l'homme, et le voyant si faible, il lui «donna le chien!» Viens, Diane! viens ici!»
Diane, flattée ou non, s'avançait peu à peu et poussait des gémissements plaintifs.
«Bon! fit Barbicane, je vois bien Ève, mais où est Adam?
—Adam! répondit Michel, Adam ne peut être loin! Il est là, quelque part! Il faut l'appeler! Satellite! ici, Satellite!»