La baleine dans sa course s'éloignait du brick et s'avançait vers les ice-bergs en mouvement; pendant une demi-heure, elle fila ainsi; il fallait mouiller la corde du harpon pour qu'elle ne prît pas feu par le frottement. Lorsque la vitesse de l'animal parut se ralentir, la corde fut retirée peu à peu et soigneusement roulée sur elle-même; la baleine reparut bientôt à la surface de la mer qu'elle battait de sa queue formidable; de véritables trombes d'eau soulevées par elle retombaient en pluie violente sur la chaloupe. Celle-ci se rapprocha rapidement; Simpson avait saisi une longue lance, et s'apprêtait à combattre l'animal corps à corps.
Mais celui-ci prit à toute vitesse par une passe que deux montagnes de glace laissaient entre elles. La poursuivre devenait alors extrêmement dangereux.
«Diable, fit Johnson.
—En avant! en avant! Ferme, mes amis, s'écriait Simpson possédé de la furie de la chasse; la baleine est à nous!
—Mais nous ne pouvons la suivre dans les ice-bergs, répondit Johnson en maintenant la chaloupe.
—Si! si! criait Simpson.
—Non, non, firent quelques matelots.
—Oui,» s'écriaient les autres.
Pendant la discussion, la baleine s'était engagée entre deux montagnes flottantes que la houle et le vent tendaient à réunir.
La chaloupe remorquée menaçait d'être entraînée dans cette passe dangereuse, quand Johnson s'élançant à l'avant, une hache à la main, coupa la corde.