Le lendemain matin, à six heures, la marche monotone fut reprise; toujours mêmes vallées, mêmes icebergs, une uniformité qui rendait difficile le choix des points de repère. Cependant la température, s'abaissant de quelques degrés, rendit plus rapide la course des voyageurs, en glaçant les couches de neige. Souvent on rencontrait certains monticules qui ressemblaient à des cairns ou à des cachettes d'Esquimaux; le docteur en fit démolir un pour l'acquit de sa conscience, et n'y trouva qu'un simple bloc de glace.
«Qu'espérez-vous, Clawbonny? lui disait Hatteras; ne sommes-nous pas les premiers hommes à fouler cette partie du globe?
—Cela est probable, répondit le docteur, mais enfin qui sait?
—Ne perdons pas de temps en vaines recherches, reprenait le capitaine; j'ai hâte d'avoir rejoint mon navire, quand même ce combustible si désiré viendrait à nous manquer.
—A cet égard, répondit le docteur, j'ai bon espoir.
—Docteur, disait souvent Hatteras, j'ai eu tort de quitter le Forward, c'est une faute! la place d'un capitaine est à son bord, et non ailleurs.
—Johnson est là.
—Sans doute! enfin… hâtons-nous! hâtons-nous!»
L'équipage marchait rapidement; on entendait les cris de Simpson qui excitait les chiens; ceux-ci, par suite d'un curieux phénomène de phosphorescence, couraient sur un sol enflammé, et les châssis du traîneau semblaient soulever une poussière d'étincelles. Le docteur s'était porté en avant pour examiner la nature de cette neige, quand tout d'un coup, en voulant sauter un hummock, il disparut. Bell, qui se trouvait rapproché de lui, accourut aussitôt.
«Eh bien, monsieur Clawbonny, cria-t-il avec inquiétude, pendant qu'Hatteras et Simpson le rejoignaient, où êtes-vous?