C'était un immense désert, plat et monotone.
Telle est l'impression que ce spectacle fit naître dans l'esprit du docteur, et il la communiqua à son compagnon.
«Vous avez raison, monsieur Clawbonny, répondit Johnson; c'est un désert, mais nous n'avons pas la crainte d'y mourir de soif!
—Avantage évident, reprit le docteur; cependant cette immensité me prouve une chose: c'est que nous devons être fort éloignés de toute terre; en général, l'approche des côtes est signalée par une multitude de montagnes de glaces, et pas un iceberg n'est visible autour de nous.
—L'horizon est fort restreint par la brume, répondit Johnson.
—Sans doute, mais depuis notre départ nous avons foulé un champ plat qui menace de ne pas finir.
—Savez-vous, monsieur Clawbonny, que c'est une dangereuse promenade que la nôtre? On s'y habitue, on n'y pense pas, mais enfin, cette surface glacée sur laquelle nous marchons ainsi recouvre des gouffres sans fond!
—Vous avez raison, mon ami, mais nous n'avons pas à craindre d'être engloutis; la résistance de cette blanche écorce par ces froids de trente-trois degrés est considérable! Remarquez qu'elle tend de plus en plus à s'accroître, car, sous ces latitudes, la neige tombe neuf jours sur dix, même en avril, même en mai, même en juin, et j'estime que sa plus forte épaisseur ne doit pas être éloignée de mesurer trente ou quarante pieds.
—Cela est rassurant, répondit Johnson.
—En effet, nous ne sommes pas comme ces patineurs de la Serpentine-river[1] qui craignent à chaque instant de sentir le sol fragile manquer sous leurs pas: nous n'avons pas un pareil danger à redouter.