Arrivés à l'un de ces hummocks, les voyageurs en profitèrent pour s'y creuser une retraite plus confortable que la tente, à l'aide du couteau à neige[1], et, après trois heures d'un travail opiniâtre, ils purent s'étendre enfin autour du poêle allumé.

[1] Large coutelas disposé pour tailler les blocs de glace.

CHAPITRE IV

LA DERNIÈRE CHARGE DE POUDRE

Johnson avait dû donner asile dans la maison de glace aux chiens harassés de fatigue: lorsque la neige tombe abondamment, elle peut servir de couverture aux animaux, dont elle conserve la chaleur naturelle. Mais, à l'air, par ces froids secs de quarante degrés, les pauvres bêtes eussent été gelées en peu de temps.

Johnson, qui faisait un excellent dog driver[1], essaya de nourrir ses chiens avec cette viande noirâtre du phoque que les voyageurs ne pouvaient absorber, et, à son grand étonnement, l'attelage s'en fit un véritable régal; le vieux marin, tout joyeux, apprit cette particularité au docteur.

[1] Dresseur de chiens.

Celui-ci n'en fut aucunement surpris; il savait que dans le nord de l'Amérique les chevaux font du poisson leur principale nourriture, et de ce qui suffisait à un cheval herbivore, un chien omnivore pouvait se contenter à plus forte raison.

Avant de s'endormir, bien que le sommeil devînt une impérieuse nécessité pour des gens qui s'étaient traînés pendant quinze milles sur les glaces, le docteur voulut entretenir ses compagnons de la situation actuelle, sans en atténuer la gravité.

«Nous ne sommes encore qu'au quatre-vingt-deuxième parallèle, dit-il, et les vivres menacent déjà de nous manquer!