—Je me suis souvenu à propos d'un fait relaté par le capitaine Ross dans la relation de son voyage: il dit avoir percé une planche d'un pouce d'épaisseur avec un fusil chargé d'une balle de mercure gelé; si j'avais eu de l'huile à ma disposition, c'eût été presque la même chose, car il raconte également qu'une balle d'huile d'amande douce, tirée contre un poteau, le fendit et rebondit à terre sans avoir été cassée.

—Cela n'est pas croyable!

—Mais cela est, Johnson; voici donc un morceau de métal qui peut nous sauver la vie; laissons-le à l'air avant de nous en servir, et voyons si l'ours ne nous a pas abandonnés.»

En ce moment, Hatteras sortit de la hutte; le docteur lui montra le lingot et lui fit part de son projet; le capitaine lui serra la main, et les trois chasseurs se mirent à observer l'horizon.

Le temps était clair. Hatteras, s'étant porté en avant de ses compagnons découvrit l'ours à moins de six cents toises.

L'animal, assis sur son derrière, balançait tranquillement la tête, en aspirant les émanations de ces hôtes inaccoutumés.

«Le voilà! s'écria le capitaine.

—Silence!» fit le docteur.

Mais l'énorme quadrupède, lorsqu'il aperçut les chasseurs, ne bougea pas. Il les regardait sans frayeur ni colère. Cependant il devait être fort difficile de l'approcher.

«Mes amis, dit Hatteras, il ne s'agit pas ici d'un vain plaisir, mais de notre existence à sauver. Agissons en hommes prudents.