—Eh bien, attendons! Hatteras se dévoue pour nous sauver.»
Le docteur était ému; il regarda l'ours, qui donnait des signes d'une agitation plus violente, comme s'il se fût senti menacé d'un danger prochain.
Au bout d'un quart d'heure, le phoque rampait sur la glace; il avait fait un détour à l'abri des gros blocs pour mieux tromper l'ours; il se trouvait alors à cinquante toises de lui. Celui-ci l'aperçut et se ramassa sur lui-même, cherchant pour ainsi dire à se dérober.
Hatteras imitait avec une profonde habileté les mouvements du phoque, et, s'il n'eût été prévenu, le docteur s'y fût certainement laissé prendre.
«C'est cela! c'est bien cela!» disait Johnson à voix basse.
L'amphibie, tout en gagnant du côté de l'animal, ne semblait pas l'apercevoir: il paraissait chercher une crevasse pour se replonger dans son élément.
L'ours, de son côté, tournant les glaçons, se dirigeait vers lui avec une prudence extrême; ses yeux enflammés respiraient la plus ardente convoitise; depuis un mois, deux mois peut-être, il jeûnait, et le hasard lui envoyait une proie assurée.
Le phoque ne fut bientôt plus qu'à dix pas de son ennemi; celui-ci se développa tout d'un coup, fit un bond gigantesque, et, stupéfait, épouvanté, s'arrêta à trois pas d'Hatteras, qui, rejetant en arrière sa peau de phoque, un genou en terre, le visait au coeur.
Le coup partit, et l'ours roula sur la glace.
«En avant! en avant!» s'écria le docteur.