—Vous croyez, monsieur Clawbonny? dit le charpentier.

—J'en suis certain. Marchons.»

A mesure que les voyageurs approchaient, la lueur devenait plus intense, et bientôt ils furent enveloppés par une traînée de poussière lumineuse; ils marchaient dans un immense rayon, et derrière eux leurs ombres gigantesques, nettement découpées, s'allongeaient démesurément sur le tapis de neige.

Ils doublèrent le pas, et, une demi-heure après, ils gravissaient le talus du Fort-Providence.

CHAPITRE IX

LE FROID ET LE CHAUD

Hatteras et Johnson attendaient les trois chasseurs avec une certaine inquiétude. Ceux-ci furent enchantés de retrouver un abri chaud et commode. La température, avec le soir, s'était singulièrement abaissée, et le thermomètre placé à l'extérieur marquait soixante-treize degrés au-dessous de zéro (-31° centigrades).

Les arrivants, exténués de fatigue et presque gelés, n'en pouvaient plus; les poêles heureusement marchaient bien; le fourneau n'attendait plus que les produits de la chasse; le docteur se transforma en cuisinier et fit griller quelques côtelettes de morse. A neuf heures du soir, les cinq convives s'attablaient devant un souper réconfortant.

«Ma foi, dit Bell, au risque de passer pour un Esquimau, j'avouerai que le repas est la grande chose d'un hivernage; quand on est parvenu à l'attraper, il ne faut pas bouder devant!»

Chacun des convives, ayant la bouche pleine, ne put répondre immédiatement au charpentier; mais le docteur lui fit signe qu'il avait bien raison.