—Ils eussent rôti, dit le docteur en riant.

—Et pourquoi pas? répondit l'Américain.

—En tout cas, ils ne l'ont pas essayé; donc je m'en tiens à mes compatriotes. J'ajouterai un dernier fait, incroyable, si l'on pouvait douter de la véracité des témoins. Le duc de Raguse et le docteur Jung, un Français et un Autrichien, virent un Turc se plonger dans un bain qui marquait cent soixante-dix degrés (+78° centigrades).

—Mais il me semble, dit Johnson, que cela ne vaut ni les filles du four banal, ni nos compatriotes!

—Pardon, répondit le docteur; il y a une grande différence entre se plonger dans l'air chaud ou dans l'eau chaude; l'air chaud amène une transpiration qui garantit les chairs, tandis que dans l'eau bouillante on ne transpire pas, et l'on se brûle. Aussi la limite extrême de température assignée aux bains n'est-elle en général que de cent sept degrés (+42° centigrades). Il fallait donc que ce Turc fût un homme peu ordinaire pour supporter une chaleur pareille!

—Monsieur Clawbonny, demanda Johnson, quelle est donc la température habituelle des êtres animés?

—Elle varie suivant leur nature, répondit le docteur; ainsi les oiseaux sont les animaux dont la température est la plus élevée, et, parmi eux, le canard et la poule sont les plus remarquables; la chaleur de leur corps dépasse cent dix degrés (+43° centigrades), tandis que le chat-huant, par exemple, n'en compte que cent quatre (+40° centigrades), puis viennent en second lieu les mammifères, les hommes; la température des Anglais est en général de cent un degrés (+37° centigrades).

—Je suis sûr que M. Altamont va réclamer pour les Américains, dit
Johnson en riant.

—Ma foi, dit Altamont, il y en a de très chauds; mais, comme je ne leur ai jamais plongé un thermomètre dans le thorax ou sous la langue, il m'est impossible d'être fixé à cet égard.

—Bon! répondit le docteur, la différence n'est pas sensible entre hommes de races différentes, quand ils sont placés dans des circonstances identiques et quel que soit leur genre de nourriture; je dirai même que la température humaine est à peu près semblable à l'équateur comme au pôle.