—Moi, répondit Bell.

—Eh bien, mon ami, veillez à ce que le feu ne tombe pas, car il fait ce soir un froid de tous les diables.

—Soyez tranquille, monsieur Clawbonny, cela pique ferme, et cependant, voyez donc! le ciel est tout en feu.

—Oui, répondit le docteur en s'approchant de la fenêtre, une aurore boréale de toute beauté! Quel magnifique spectacle! je ne me lasse vraiment pas de le contempler.»

En effet, le docteur admirait toujours ces phénomènes cosmiques, auxquels ses compagnons ne prêtaient plus grande attention; il avait remarqué, d'ailleurs, que leur apparition était toujours précédée de perturbations de l'aiguille aimantée, et il préparait sur ce sujet des observations destinées au Weather Book[1].

[1] Livre du temps de l'amiral Fitz-Roy, où sont rapportés tous les faits météorologiques.

Bientôt, pendant que Bell veillait près du poêle, chacun, étendu sur sa couchette, s'endormit d'un tranquille sommeil.

CHAPITRE X

LES PLAISIRS DE L'HIVERNAGE

La vie au pôle est d'une triste uniformité. L'homme se trouve entièrement soumis aux caprices de l'atmosphère, qui ramène ses tempêtes et ses froids intenses avec une désespérante monotonie. La plupart du temps, il y a impossibilité de mettre le pied dehors, et il faut rester enfermé dans les huttes de glace. De longs mois se passent ainsi, faisant aux hiverneurs une véritable existence de taupe.