—Ils jouaient la comédie? s'écria Bell.

—Sans doute, et ils y trouvaient un véritable plaisir. Aussi, pendant son hivernage à l'île Melville, le commandant Parry proposa-t-il ces deux genres de plaisir à ses équipages, et la proposition eut un succès immense.

—Eh bien, franchement, répondit Johnson, j'aurais voulu être là; ce devait être curieux.

—Curieux et amusant, mon brave Johnson; le lieutenant Beechey devint directeur du théâtre, et le capitaine Sabine rédacteur en chef de la Chronique d'hiver ou Gazette de la Géorgie du Nord.

—Bons titres, fit Altamont.

—Ce journal parut chaque lundi, depuis le 1er novembre 1819 jusqu'au 20 mars 1820. Il rapportait tous les incidents de l'hivernage, les chasses, les faits divers, les accidents de météorologie, la température; il renfermait des chroniques plus ou moins plaisantes; certes, il ne fallait pas chercher là l'esprit de Sterne ou les articles charmants du Daily Telegraph; mais enfin, on s'en tirait, on se distrayait; les lecteurs n'étaient ni difficiles ni blasés, et jamais, je crois, métier de journaliste ne fut plus agréable à exercer.

—Ma foi, dit Altamont, je serais curieux de connaître des extraits de cette gazette, mon cher docteur; ses articles devaient être gelés depuis le premier mot jusqu'au dernier.

—Mais non, mais non, répondit le docteur; en tout cas, ce qui eût paru un peu naïf à la Société philosophique de Liverpool, ou à l'Institution littéraire de Londres, suffisait à des équipages enfouis sous les neiges. Voulez-vous en juger?

—Comment! votre mémoire vous fournirait au besoin?…

—Non, mais vous aviez à bord du Porpoise les voyages de Parry, et je n'ai qu'à vous lire son propre récit.