—Si nous essayions d'en fonder un, dit Johnson.

—A nous cinq! dit Clawbonny; nous ferions tout au plus des rédacteurs, et il ne resterait pas de lecteurs en nombre suffisant.

—Pas plus que de spectateurs, si nous nous mettions en tête de jouer la comédie, répondit Altamont.

—Au fait, monsieur Clawbonny, dit Johnson, parlez-nous donc un peu du théâtre du capitaine Parry; y jouait-on des pièces nouvelles?

—Sans doute; dans le principe, deux volumes embarqués à bord de l'Hécla furent mis à contribution, et les représentations avaient lieu tous les quinze jours; mais bientôt le répertoire fut usé jusqu'à la corde; alors des auteurs improvisés se mirent à l'oeuvre, et Parry composa lui-même pour les fêtes de Noël une comédie tout à fait en situation; elle eut un immense succès, et était intitulée Le Passage du Nord-Ouest ou La Fin du Voyage.

—Un fameux titre, répondit Altamont; mais j'avoue que si j'avais à traiter un pareil sujet, je serais fort embarrassé du dénouement.

—Vous avez raison, dit Bell, qui sait comment cela finira?

—Bon! s'écria le docteur, pourquoi songer au dernier acte, puisque les premiers marchent bien? Laissons faire la Providence, mes amis; jouons de notre mieux notre rôle, et puisque le dénouement appartient à l'auteur de toutes choses, ayons confiance dans son talent; il saura bien nous tirer d'affaire.

—Allons donc rêver à tout cela, répondit Johnson; il est tard, et puisque l'heure de dormir est venue, dormons.

—Vous êtes bien pressé, mon vieil ami, dit le docteur.