«Il est pourtant singulier, dit Bell, que ces bêtes-là aient pu nous sentir à une pareille distance; nous n'avons brûlé aucune substance graisseuse de nature à les attirer.
—Oh! répondit le docteur, les ours sont doués d'une vue perçante et d'un odorat très subtil; ils sont, en outre, très intelligents, pour ne pas dire les plus intelligents de tous les animaux, et ils ont flairé par ici quelque chose d'inaccoutumé.
—D'ailleurs, reprit Bell, qui nous dit que, pendant la tempête, ils ne se sont pas avancés jusqu'au plateau?
—Alors, répondit l'Américain, pourquoi se seraient-ils arrêtés cette nuit à cette limite?
—Oui, il n'y a pas de réponse à cela, répliqua le docteur, et nous devons croire que peu à peu ils rétréciront le cercle de leurs recherches autour du Fort-Providence.
—Nous verrons bien, répondit Altamont.
—Maintenant, continuons notre marche, dit le docteur, mais ayons l'oeil au guet.»
Les chasseurs veillèrent avec attention; ils pouvaient craindre que quelque ours ne fût embusqué derrière les monticules de glace; souvent même ils prirent les blocs gigantesques pour des animaux, dont ces blocs avaient la taille et la blancheur. Mais, en fin de compte, et à leur grande satisfaction, ils en furent pour leurs illusions.
Ils revinrent enfin à mi-côte du cône, et de là leur regard se promena inutilement depuis le cap Washington jusqu'à l'île Johnson.
Ils ne virent rien; tout était immobile et blanc; pas un bruit, pas un craquement.