—Lequel?
—Celui de prendre quelque nourriture! cela ne peut pas nous faire de mal. Au contraire. Qu'en pensez-vous, monsieur Altamont?
—Mangeons si cela vous fait plaisir, répondit ce dernier, quoique la situation soit bien sotte, pour ne pas dire humiliante.
—Je gage, dit Johnson, qu'après dîner, nous trouverons un moyen quelconque de sortir de là.»
On ne répondit pas au maître d'équipage, mais on se mit à table.
Johnson, élevé à l'école du docteur, essaya d'être philosophe dans le danger, mais il n'y réussit guère; ses plaisanteries lui restaient dans la gorge. D'ailleurs, les prisonniers commençaient à se sentir mal à leur aise; l'air s'épaississait dans cette demeure hermétiquement fermée; l'atmosphère ne pouvait se refaire à travers le tuyau des fourneaux qui tiraient mal, et il était facile de prévoir que, dans un temps fort limité, le feu viendrait à s'éteindre; l'oxygène, absorbé par les poumons et le foyer, ferait bientôt place à l'acide carbonique, dont on connaît l'influence mortelle.
Hatteras s'aperçut le premier de ce nouveau danger; il ne voulut point le cacher à ses compagnons.
«Alors, il faut sortir à tout prix! répondit Altamont.
—Oui! reprit Hatteras; mais attendons la nuit; nous ferons un trou à la voûte, cela renouvellera notre provision d'air; puis, l'un de nous prendra place à ce poste, et de là il fera feu sur les ours.
—C'est le seul parti à prendre», répliqua l'Américain.