—Je m'en charge, répondit le docteur; assez parlé, agissons. Nous avons cent pieds de galerie à creuser pendant la nuit; c'est un travail fatigant; mais à cinq, nous nous en tirerons en nous relayant. Bell va commencer, et pendant ce temps nous prendrons quelque repos.

—Parbleu! s'écria Johnson plus j'y pense, plus je trouve le moyen de
M. Clawbonny excellent.

—Il est sûr, répondit le docteur.

—Oh! du moment que vous le dites, ce sont des ours morts, et je me sens déjà leur fourrure sur les épaules.

—A l'ouvrage donc!»

Le docteur s'enfonça dans la galerie sombre, et Bell le suivit; où passait le docteur, ses compagnons étaient assurés de se trouver à l'aise. Les deux mineurs arrivèrent à la poudrière et débouchèrent au milieu des barils rangés en bon ordre. Le docteur donna à Bell les indications nécessaires; le charpentier attaqua le mur opposé, sur lequel s'épaulait le talus, et son compagnon revint dans la maison.

Bell travailla pendant une heure et creusa un boyau long de dix pieds à peu près, dans lequel on pouvait s'avancer en rampant. Au bout de ce temps, Altamont vint le remplacer, et dans le même temps il fit à peu près le même travail; la neige, retirée de la galerie, était transportée dans la cuisine, où le docteur la faisait fondre au feu, afin qu'elle tînt moins de place.

A l'Américain succéda le capitaine, puis Johnson. En dix heures, c'est-à-dire vers les huit heures du matin, la galerie était entièrement ouverte.

Aux premières lueurs de l'aurore, le docteur vint considérer les ours par une meurtrière qu'il pratiqua dans le mur du magasin à poudre.

Ces patients animaux n'avaient pas quitté la place. Ils étaient là, allant, venant, grognant, mais, en somme, faisant leur faction avec une persévérance exemplaire; ils rôdaient autour de la maison, qui disparaissait sous les blocs amoncelés. Mais un moment vint pourtant où ils semblèrent avoir épuisé leur patience, car le docteur les vit tout à coup repousser les glaçons qu'ils avaient entassés.