Au bout d'une demi-heure, chacun avait gagné son poste.

«Vous ne vous opposez pas cette fois à ce qu'on reçoive ces quadrupèdes à coups de fusil? dit Altamont.

—Non! c'est de bonne guerre», répondit le docteur, qui, malgré sa douceur naturelle, était chasseur au fond de l'âme.

Ils causaient ainsi, quand ils virent les boeufs musqués s'ébranler, Duk à leurs talons; plus loin, Hatteras, poussant de grands cris, les chassait du côté du docteur et de l'Américain, qui s'élancèrent bientôt au-devant de cette magnifique proie.

Aussitôt, les boeufs s'arrêtèrent, et, moins effrayés de la vue d'un seul ennemi, ils revinrent sur Hatteras; celui-ci les attendit de pied ferme, coucha en joue le plus rapproché des deux quadrupèdes, fit feu, sans que sa balle, frappant l'animal en plein front, parvînt à enrayer sa marche. Le second coup de fusil d'Hatteras ne produisit d'autre effet que de rendre ces bêtes furieuses; elles se jetèrent sur le chasseur désarmé et le renversèrent en un instant.

«Il est perdu!» s'écria le docteur.

Au moment où Clawbonny prononça ces paroles avec l'accent du désespoir, Altamont fit un pas en avant pour voler au secours d'Hatteras; puis il s'arrêta, luttant contre lui-même et contre ses préjugés.

«Non! s'écria-t-il, ce serait une lâcheté!»

Il s'élança vers le théâtre du combat avec Clawbonny.

Son hésitation n'avait pas duré une demi-seconde.