Le bon docteur pressait dans ses bras les ennemis réconciliés; il ne pouvait calmer sa joie; les deux nouveaux amis se sentaient plus rapprochés encore par l'amitié que le digne homme leur portait à tous deux. Clawbonny parlait, sans pouvoir se contenir, de la vanité des compétitions, de la folie des rivalités, et de l'accord si nécessaire entre des hommes abandonnés loin de leur pays. Ses paroles, ses larmes, ses caresses, tout venait du plus profond de son coeur.

Cependant il se calma, après avoir embrassé une vingtième fois
Hatteras et Altamont.

«Et maintenant, dit-il, à l'ouvrage, à l'ouvrage! Puisque je n'ai été bon à rien comme chasseur, utilisons mes autres talents.»

Et il se mit en train de dépecer le boeuf, qu'il appelait «le boeuf de la réconciliation», mais si adroitement, qu'il ressemblait à un chirurgien pratiquant une autopsie délicate.

Ses deux compagnons le regardaient en souriant. Au bout de quelques minutes, l'adroit praticien eut retiré du corps de l'animal une centaine de livres de chair appétissante; il en fit trois parts, dont chacun se chargea, et l'on reprit la route de Fort-Providence.

A dix heures du soir, les chasseurs, marchant dans les rayons obliques du soleil, atteignirent Doctor's-House, où Johnson et Bell leur avaient préparé un bon repas.

Mais, avant de se mettre à table, le docteur s'était écrié d'une voix triomphante, en montrant ses deux compagnons de chasse:

«Mon vieux Johnson, j'avais emmené avec moi un Anglais et un
Américain, n'est-il pas vrai?

—Oui, monsieur Clawbonny, répondit le maître d'équipage.

—Eh bien, je ramène deux frères.»