Là, il s'arrêta, et ses compagnons purent le rejoindre. Alors il sembla mesurer du regard l'intervalle qui lui restait à franchir; horizontalement, il ne se trouvait pas à plus de cent toises du cratère, c'est-à-dire du point mathématique du pôle; mais, verticalement, c'était encore plus de quinze cents pieds à gravir.
L'ascension durait déjà depuis trois heures; Hatteras ne semblait pas fatigué; ses compagnons se trouvaient au bout de leurs forces.
Le sommet du volcan paraissait être inaccessible. Le docteur résolut d'empêcher à tout prix Hatteras de s'élever plus haut. Il essaya d'abord de le prendre par la douceur, mais l'exaltation du capitaine allait jusqu'au délire; pendant la route, il avait donné tous les signes d'une folie croissante, et qui l'a connu, qui l'a suivi dans les phases diverses de son existence, ne peut en être surpris. A mesure qu'Hatteras s'élevait au-dessus de l'Océan, sa surexcitation s'accroissait; il ne vivait plus dans la région des hommes; il croyait grandir avec la montagne elle-même.
«Hatteras, lui dit le docteur, assez! nous n'en pouvons plus.
—Demeurez donc, répondit le capitaine d'une voix étrange; j'irai plus haut!
—Non! ce que vous faites est inutile! vous êtes ici au pôle du monde!
—Non! non! plus haut!
—Mon ami! c'est moi qui vous parle, le docteur Clawbonny. Ne me reconnaissez-vous pas?
—Plus haut! plus haut! répétait l'insensé.
—Eh bien, non! nous ne souffrirons pas…»