LES PROJETS D'HATTERAS.

L'apparition de ce hardi personnage fut diversement appréciée par l'équipage; les uns se rallièrent complètement à lui, par amour de l'argent ou par audace; d'autres prirent leur parti de l'aventure, qui se réservèrent le droit de protester plus tard; d'ailleurs, résister à un pareil homme paraissait difficile actuellement. Chacun revint donc à son poste. Le 20 mai était un dimanche, et fut jour de repos pour l'équipage.

Un conseil d'officiers se tint chez le capitaine; il se composa d'Hatteras, de Shandon, de Wall, de Johnson et du docteur.

«Messieurs, dit le capitaine de cette voix à la fois douce et impérieuse qui le caractérisait, vous connaissez mon projet d'aller jusqu'au pôle; je désire connaître votre opinion sur cette entreprise. Qu'en pensez-vous, Shandon?

—Je n'ai pas à penser, capitaine, répondit froidement Shandon, mais à obéir.»

Hatteras ne s'étonna pas de la réponse.

«Richard Shandon, reprit-il non moins froidement, je vous prie de vous expliquer sur nos chances de succès.

—Eh bien, capitaine, répondit Shandon, les faits répondent pour moi; les tentatives de ce genre, ont échoué jusqu'ici; je souhaite que nous soyons plus heureux.

—Nous le serons. Et vous, messieurs, qu'en pensez-vous?

—Pour mon compte, répliqua le docteur, je crois votre dessein praticable, capitaine; et comme il est évident que des navigateurs arriveront un jour ou l'autre à ce pôle boréal, je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas nous.