[1] 278 lieues.

—Et que sont six cents milles, dit vivement le docteur, quand il est constant qu'un Cosaque, Alexis Markoff, a parcouru sur la mer Glaciale, le long de la côte septentrionale de l'empire russe, avec des traîneaux tirés par des chiens, un espace de huit cents milles en vingt-quatre jours?

—Vous l'entendez, Shandon, répondit Hatteras, et dites-moi si des
Anglais peuvent faire moins qu'un Cosaque?

—Non, certes! s'écria le bouillant docteur.

—Non, certes! répéta le maître d'équipage.

—Eh bien, Shandon? demanda le capitaine.

—Capitaine, répondit froidement Shandon, je ne puis que vous répéter mes premières paroles: j'obéirai.

—Bien. Maintenant, reprit Hatteras, songeons à notre situation actuelle; nous sommes pris par les glaces, et il me paraît impossible de nous élever cette année dans le détroit de Smith. Voici donc ce qu'il convient de faire.»

Hatteras déplia sur la table l'une de ces excellentes cartes publiées, en 1859, par ordre de l'Amirauté.

«Veuillez me suivre, je vous prie. Si le détroit de Smith nous est fermé, il n'en est pas de même du détroit de Lancastre, sur la côte ouest de la mer de Baffin; selon moi, nous devons remonter ce détroit jusqu'à celui de Barrow, et de là jusqu'à l'île Beechey; la route a été cent fois parcourue par des navires à voiles; nous ne serons donc pas embarrassés avec un brick à hélice. Une fois à l'île Beechey, nous suivrons le canal Wellington aussi avant que possible, vers le nord, jusqu'au débouché de ce chenal qui fait communiquer le canal Wellington avec le canal de la Reine, à l'endroit même où fut aperçue la mer libre. Or, nous ne sommes qu'au 20 mai; dans un mois, si les circonstances nous favorisent, nous aurons atteint ce point, et de là nous nous élancerons vers le pôle. Qu'en pensez-vous, messieurs?