Johnson tenait la barre; le brick, poussé par son hélice, qui se vissait dans les flots écumants, s'élança au milieu du passage libre alors. Il était temps. Le Forward franchissait à peine cette ouverture, que sa prison se refermait derrière lui.
Le moment fut palpitant, et il n'y avait à bord qu'un coeur ferme et tranquille: celui du capitaine. Aussi l'équipage, émerveillé de la manoeuvre, ne put retenir le cri de:
«Hourrah pour John Hatteras!»
CHAPITRE XIV.
EXPÉDITIONS A LA RECHERCHE DE FRANKLIN.
Le mercredi 23 mai, le Forward avait repris son aventureuse navigation, louvoyant adroitement au milieu des packs et des ice-bergs, grâce à sa vapeur, cette force obéissante qui manqua à tant de navigateurs des mers polaires; il semblait se jouer au milieu de ces écueils mouvants; on eût dit qu'il reconnaissait la main d'un maître expérimenté, et, comme un cheval sous un écuyer habile, il obéissait à la pensée de son capitaine.
La température remontait. Le thermomètre marqua à six heures du matin vingt-six degrés (-3° centig.), à six heures du soir vingt-neuf degrés (-2° centig.), et à minuit vingt-cinq degrés (-4° centig.); le vent soufflait légèrement du sud-est.
Le jeudi, vers les trois heures du matin, le Forward arriva en vue de la baie Possession, sur la côte d'Amérique, à l'entrée du détroit de Lancastre; bientôt le cap Burney fut entrevu. Quelques Esquimaux se dirigèrent vers le navire; mais Hatteras ne prit pas le loisir de les attendre.
Les pics de Byam-Martin qui dominent le cap Liverpool, laissés sur la gauche, se perdirent dans la brume du soir; celle-ci empêcha de relever le cap Hay, dont la pointe, très-basse d'ailleurs, se confond avec les glaces de la côte, circonstance qui rend souvent fort difficile la détermination hydrographique des mers polaires.
Les puffins, les canards, les mouettes blanches se montraient en très-grand nombre. La latitude par observation donna 74°01', et la longitude, d'après le chronomètre, 77°15'.