Les deux amis se placèrent l'un en face de l'autre devant une petite table, entre une pile de sandwichs et une théière énorme

« Mon cher Samuel, dit le chasseur, ton projet est insensé ! il est impossible ! il ne ressemble à rien de sérieux ni de praticable !

—C'est ce que nous verrons bien après avoir essayé.

—Mais ce que précisément il ne faut pas faire, c'est d'essayer.

—Pourquoi cela, s'il te plaît ?

—Et les dangers, et les obstacles de toute nature !

—Les obstacles, répondit sérieusement Fergusson, sont inventés pour être vaincus ; quant aux dangers, qui peut se flatter de les fuir ? Tout est danger dans la vie ; il peut être très dangereux de s'asseoir devant sa table ou de mettre son chapeau sur sa tête ; il faut d'ailleurs considérer ce qui doit arriver comme arrivé déjà, et ne voir que le présent dans l'avenir, car l'avenir n'est qu'un présent un peu plus éloigné.

—Que cela ! fit Kennedy en levant les épaules. Tu es toujours fataliste !

—Toujours, mais dans le bon sens du mot. Ne nous préoccupons donc pas de ce que le sort nous réserve et n'oublions jamais notre bon proverbe d'Angleterre :

« L'homme né pour être pendu ne sera jamais noyé ! »