Pendant toute cette journée, le docteur ne voulut pas que le sommeil du malheureux fut interrompu ; c'était un long assoupissement, entrecoupé de quelques murmures de souffrance qui ne laissaient pas d'inquiéter Fergusson.
Vers le soir, le Victoria demeurait stationnaire au milieu de l'obscurité, et pendant cette nuit, tandis que Joe et Kennedy se relayaient aux côtés du malade, Fergusson veillait à la sûreté de tous.
Le lendemain au matin, le Victoria avait à peine dérivé dans l'ouest. La journée s'annonçait pure et magnifique. Le malade put appeler ses nouveaux amis d'une voix meilleure. On releva les rideaux de la tente, et il aspira avec bonheur l'air vif du matin.
« Comment vous trouvez-vous ? lui demanda Fergusson .
—Mieux peut-être, répondit-il. Mais vous, mes amis, je ne vous ai encore vus que dans un rêve ! A peine puis-je me rendre compte de ce qui s'est passé ! Qui êtes-vous, afin que vos noms ne soient pas oubliés dans ma dernière prière ?
—Nous sommes des voyageurs anglais, répondit Samuel ; nous avons tenté de traverser l'Afrique en ballon, et, pendant notre passage, nous avons eu le bonheur de vous sauver.
—La science a ses héros, dit le missionnaire
—Mais la religion a ses martyrs, répondit l'Écossais.
—Vous êtes missionnaire ? demanda le docteur.
—Je suis un prêtre de la mission des Lazaristes. Le ciel vous a envoyés vers moi, le ciel en soit loué ! Le sacrifice de ma vie était fait ! Mais vous venez d'Europe. Parlez-moi de l'Europe, de la France ! Je suis sans nouvelles depuis cinq ans ?