Le poids des voyageurs fut remplacé par une charge équivalente de sable, et ils mirent pied à terre ; chacun s'absorba dans ses pensées, et, pendant plusieurs heures, ils ne parlèrent pas. Joe prépara le souper, composé de biscuit et de pemmican, auquel on toucha à peine ; une gorgée d'eau brûlante compléta ce triste repas.
Pendant la nuit, personne ne veilla, mais personne ne dormit. La chaleur fut étouffante. Le lendemain, il ne restait plus qu'une demi-pinte d'eau ; le docteur la mit en réserve, et on résolut de n'y toucher qu'à la dernière extrémité.
« J'étouffe, s'écria bientôt Joe, la chaleur redouble ! Cela ne m'étonne pas, dit-il après avoir consulté le thermomètre, cent quarante degrés [60° centigrades] !
—Le sable vous brûle, répondit le chasseur, comme s'il sortait d'un four. Et pas un nuage dans ce ciel en feu ! C'est à devenir fou !
—Ne nous désespérons pas, dit le docteur ; à ces grandes chaleurs succèdent inévitablement des tempêtes sous cette latitude, et elles arrivent avec la rapidité de l'éclair ; malgré l'accablante sérénité du ciel, il peut s'y produire de grands changements en moins d'une heure.
—Mais enfin, reprit Kennedy, il y aurait quelque indice !
—Eh bien ! dit le docteur, il me semble que le baromètre a une légère tendance à baisser.
—Le ciel t'entende ! Samuel, car nous voici cloués à ce sol comme un oiseau dont les ailes sont brisées.
—Avec cette différence pourtant, mon cher Dick, que nos ailes sont intactes, et j'espère bien nous en servir encore.
—Ah ! du vent ! du vent ! s'écria Joe ! De quoi nous rendre à un ruisseau, à un puits, et il ne nous manquera rien ; nos vivres sont suffisants, et avec de l'eau nous attendrons un mois sans souffrir ! Mais la soif est une cruelle chose. »