—Ce ne sera rien, mon brave Joe ; un moment de faiblesse, voilà tout.

—Ce ne sera rien, en effet, Monsieur ; mais relevez-vous ; appuyez-vous sur moi, et regagnons le Victoria.

Le docteur, au bras de Joe, reprit la route qu'il avait suivie.

« C'était imprudent, Monsieur, on ne s'aventure pas ainsi. Vous auriez pu être dévalisé, ajouta-t-il en riant. Voyons, Monsieur, parlons sérieusement.

—Parle, je t'écoute !

—Il faut absolument prendre un parti. Notre situation ne peut pas durer plus de quelques jours encore, et si le vent n'arrive pas, nous sommes perdus. »

Le docteur ne répondit pas.

« Eh bien ! il faut que quelqu'un se dévoue au sort commun, et il est tout naturel que ce soit moi !

—Que veux-tu dire ? quel est ton projet ?

—Un projet bien simple : prendre des vivres, et marcher toujours devant moi jusqu'à ce que j'arrive quelque part, ce qui ne peut manquer. Pendant ce temps, si le ciel vous envoie un vent favorable, vous ne m'attendrez pas, vous partirez. De mon côté, si je parviens à un village, je me tirerai d'affaire avec les quelques mots d'arabe que vous me donnerez par écrit, et je vous ramènerai du secours, ou j'y laisserai ma peau ! Que dites-vous de mon dessein ?