En ce moment, ces mots : « A boire ! à boire ! » furent prononcés avec un accent déchirant.
C'était Kennedy qui se traînait près de lui ; le malheureux faisait pitié, il demandait à genoux, il pleurait.
Joe, pleurant aussi, lui présenta la bouteille, et jusqu'à la dernière goutte, Kennedy en épuisa le contenu.
« Merci, » fit-il.
Mais Joe ne l'entendit pas ; il était comme lui retombé sur le sable.
Ce qui se passa pendant cette nuit orageuse, on l'ignore. Mais le mardi matin, sous ces douches de feu que versait le soleil, les infortunés sentirent leurs membres se dessécher peu à peu. Quand Joe voulut se lever, cela lui fut impossible ; il ne put mettre son projet à exécution.
Il jeta les yeux autour de lui. Dans la nacelle, le docteur accablé, les bras croisés sur la poitrine, regardait dans l'espace un point imaginaire avec une fixité idiote. Kennedy était effrayant ; il balançait la tête de droite et de gauche comme une bête féroce en cage.
Tout d'un coup, les regards du chasseur se portèrent sur sa carabine dont la crosse dépassait le bord de la nacelle.
« Ah ! » s'écria-t-il en se relevant par un effort surhumain.
Il se précipita sur l'arme, éperdu, fou, et il en dirigea le canon vers sa bouche.