« Vos fusils ! s'écria le docteur, vos fusils, et soyez prudents. »
Dick se précipita sur sa carabine, et Joe s'empara de l'un des fusils. Ils s'avancèrent rapidement jusqu'aux arbres et pénétrèrent sous cette fraîche verdure qui leur annonçait des sources abondantes ; ils ne prirent pas garde à de larges piétinements, à des traces fraîches qui marquaient çà et là le sol humide.
Soudain, un rugissement retentit à vingt pas d'eux.
« Le rugissement d'un lion ! dit Joe.
—Tant mieux ! répliqua le chasseur exaspéré, nous nous battrons ! On est fort quand il ne s'agit que de se battre.
—De la prudence, Monsieur Dick, de la prudence ! de la vie de l'un dépend la vie de tous. »
Mais Kennedy ne l'écoutait pas ; il s'avançait, l'œil flamboyant, la carabine armée, terrible dans son audace. Sous un palmier, un énorme lion à crinière noire se tenait dans une posture d'attaque. A peine eut-il aperçu le chasseur qu'il bondit ; mais il n'avait pas touché terre qu'une balle au cœur le foudroyait ; il tomba mort.
« Hourra ! hourra ! » s'écria Joe.
Kennedy se précipita vers le puits, glissa sur les marches humides, et s'étala devant une source fraîche, dans laquelle il trempa ses lèvres avidement ; Joe l'imita, et l'on n'entendit plus que ces clappements de langue des animaux qui se désaltèrent.
« Prenons garde, Monsieur Dick, dit Joe en respirant. N'abusons pas ! »