—Il est certain que notre brave Victoria s'est toujours merveilleusement comporté. C'est aujourd'hui le 12 mai ; nous sommes partis le l8 avril ; c'est donc vingt-cinq jours de marche. Encore une dizaine de jours, et nous serons arrivés.

—Où !

—Je n'en sais rien ; mais que nous importe ?

—Tu as raison, Samuel ; fions-nous à la Providence du soin de nous diriger et de nous maintenir en bonne santé, comme nous voilà ! On n'a pas l'air d'avoir traversé les pays les plus pestilentiels du monde !

—Nous étions à même de nous élever, et c'est ce que nous avons fait.

—Vivent les voyages aériens ! s'écria Joe. Nous voici, après vingt-cinq jours, bien portants, bien nourris, bien reposés, trop reposés peut-être, car mes jambes commencent à se rouiller, et je ne serais pas fâché de les dégourdir pendant une trentaine de milles

—Tu te donneras ce plaisir-là dans les rues de Londres, Joe ; mais, pour conclure, nous sommes partis trois comme Denham, Clapperton, Overweg, comme Barth, Richardson et Vogel, et, plus heureux que nos devanciers, tous trois nous nous retrouvons encore ! Mais il est bien important de ne pas nous séparer. Si pendant que l'un de nous est à terre, le Victoria devait s'enlever pour éviter un danger subit, imprévu, qui sait si nous le reverrions jamais ! Aussi, je le dis franchement à Kennedy, je n'aime pas qu'il s'éloigne sous prétexte de chasse.

—Tu me permettras pourtant bien, ami Samuel, de me passer encore cette fantaisie ; il n'y a pas de mal à renouveler nos provisions ; d'ailleurs, avant notre départ, tu m'as fait entrevoir toute une série de chasses superbes, et jusqu'ici j'ai peu fait dans la voie des Anderson et des Cumming.

—Mais, mon cher Dick, la mémoire te fait défaut, ou ta modestie t'engage à oublier tes prouesses ; il me semble que, sans parler du menu gibier, tu as déjà une antilope, un éléphant et deux lions sur la conscience.

—Bon ! qu'est-ce que cela pour un chasseur africain qui voit passer tous les animaux de la création au bout de son fusil ? Tiens! tiens ! regarde cette troupe de girafes !