« Écoute, Samuel, reprit le chasseur : ces oiseaux sont quatorze ; nous avons dix-sept coups à notre disposition, en faisant feu de toutes nos armes. N'y a-t-il pas moyen de les détruire ou de les disperser ? Je me charge d'un certain nombre d'entre eux.
—Je ne doute pas de ton adresse, Dick ; je regarde volontiers comme morts ceux qui passeront devant ta carabine ; mais, je te le répète, pour peu qu'ils s'attaquent à l'hémisphère supérieur du ballon, tu ne pourras plus les voir ; ils crèveront cette enveloppe qui nous soutient, et nous sommes à trois mille pieds de hauteur ! »
En cet instant, l'un des plus farouches oiseaux piqua droit sur le Victoria, le bec et les serres ouvertes, prêt à mordre, prêt à déchirer.
« Feu ! feu ! » s'écria le docteur.
Il avait à peine achevé, que l'oiseau, frappé à mort, tombait en tournoyant dans l'espace.
Kennedy avait saisi l'un des fusils à deux coups. Joe épaulait l'autre.
Effrayés de la détonation, les gypaètes s'écartèrent un instant ; mais ils revinrent presque aussitôt à la charge avec une rage extrême. Kennedy d'une première balle coupa net le cou du plus rapproché. Joe fracassa l'aile de l'autre.
« Plus que onze, » dit-il.
Mais alors les oiseaux changèrent de tactique, et d'un commun accord ils s'élevèrent au-dessus du Victoria, Kennedy regarda Fergusson.
Malgré son énergie et son impassibilité, celui-ci devint pale. Il y eut un moment de silence effrayant. Puis un déchirement strident se fit entendre comme celui de la soie qu'on arrache, et la nacelle manqua sous les pieds des trois voyageurs.