« Et maintenant, dit le docteur, le ciel nous conduise où il lui plaira !
—Pourvu que ce soit dans l'ouest ! répliqua Kennedy !
—Bah ! fit Joe, il s'agirait de revenir à Zanzibar par le même chemin, et de traverser l'Océan jusqu'en Amérique, cela ne m'effrayerait guère !
—Il faudrait d'abord le pouvoir, Joe.
—Et que nous manque-t-il pour cela !
—Du gaz, mon garçon ; la force ascensionnelle du ballon diminue sensiblement, et il faudra de grands ménagements pour qu'il nous porte jusqu'à la côte. Je vais même être forcé de jeter du lest. Nous sommes trop lourds.
—Voilà ce que c'est que de ne rien faire, mon maître ! A rester toute la journée étendu comme un fainéant dans son hamac, on engraisse et l'on devient pesant. C'est un voyage de paresseux que le notre, et, au retour, on nous trouvera affreusement gros et gras.
—Voilà bien des réflexions dignes de Joe, répondit le chasseur ; mais attends donc la fin ; sais-tu ce que le ciel nous réserve ? Nous sommes encore loin du terme de notre voyage. Où crois-tu rencontrer la côte d'Afrique, Samuel ?
—Je serais fort empêché de te répondre, Dick ; nous sommes à la merci de vents très variables ; mais enfin je m'estimerai heureux si j'arrive entre Sierra-Leone et Portendick ; il y a là une certaine étendue le pays où nous rencontrerons des amis.
—Et ce sera plaisir de leur serrer la main ; mais suivons-nous, au moins, la direction voulue !