—Laquelle ?

—Nous aurons des montagnes à dépasser, et ce sera difficile, puisque je ne puis augmenter la force ascensionnelle de l'aérostat, même en produisant la plus grande chaleur possible.

—Attendons, fit Kennedy, et nous verrons alors.

—Pauvre Victoria ! fit Joe, je m'y suis attaché comme le marin à son navire ; je ne m'en séparerai pas sans peine ! Il n'est plus ce qu'il était au départ, soit ! mais il ne faut pas en dire du mal ! Il nous a rendu de fiers services, et ce sera pour moi un crève-cœur de l'abandonner.

—Sois tranquille, Joe ; si nous l'abandonnons, ce sera malgré nous. Il nous servira jusqu'à ce qu'il soit au bout de ses forces. Je lui demande encore vingt-quatre heures.

—Il s'épuise, fit Joe en le considérant, il maigrit, sa vie s'en va. Pauvre ballon !

—Si je ne me trompe, dit Kennedy, voici à l'horizon les montagnes dont tu parlais, Samuel.

—Ce sont bien elles, dit le docteur après les avoir examinées avec sa lunette ; elles me paraissent fort élevées, nous aurons du mal à les franchir.

—Ne pourrait-on les éviter ?

—Je ne pense pas, Dick ; vois l'immense espace qu'elles occupent : près de la moitié de l'horizon !