Le docteur ne put retenir une larme ; il ouvrit ses bras, et ses deux amis s'y précipitèrent sous l'empire d'une grande émotion
CHAPITRE XLIV
Conclusion.—Le procès-verbal.—Les établissements français.—Le poste de Médine.—Le Basilic.—Saint-Louis.—La frégate anglaise.—Retour à Londres.
L'expédition qui se trouvait sur le bord du fleuve avait été envoyée par le gouverneur du Sénégal ; elle se composait de deux officiers, MM. Dufraisse, lieutenant d'infanterie de marine, et Rodamel, enseigne de vaisseau ; d'un sergent et de sept soldats. Depuis deux jours, ils s'occupaient de reconnaître la situation la plus favorable pour l'établissement d'un poste à Gouina, lorsqu'ils furent témoins de l'arrivée du docteur Fergusson.
On se figure aisément les félicitations et les embrassements dont furent accablés les trois voyageurs. Les Français, ayant pu contrôler par eux mêmes l'accomplissement de cet audacieux projet, devenaient les témoins naturels de Samuel Fergusson.
Aussi le docteur leur demanda-t-il tout d'abord de constater officiellement son arrivée aux cataractes de Gouina.
« Vous ne refuserez pas de signer un procès-verbal ? demanda-t-il au lieutenant Dufraisse.
—A vos ordres, » répondit ce dernier.
Les Anglais furent conduits à un poste provisoire établi sur le bord du fleuve ; ils y trouvèrent les soins les plus attentifs et des provisions en abondance. Et c'est là que fut rédigé en ces termes le procès-verbal qui figure aujourd'hui dans les archives de la Société Géographique de Londres :
« Nous, soussignés, déclarons que ledit jour nous avons vu arriver suspendus au filet d'un ballon le docteur Fergusson et ses deux compagnons Richard Kennedy et Joseph Wilson [Dick est le diminutif de Richard, et Joe celui de Joseph.] ; lequel ballon est tombé à quelques pas de nous dans le lit même du fleuve, et, entraîné par le courant, s'est abîmé dans les cataractes de Gouina. En foi de quoi nous avons signé le présent procès-verbal, contradictoirement avec les sus nommés, pour valoir ce que de droit.