La consommation de ces divers aliments devait peu à peu diminuer le poids enlevé par l'aérostat. Car il faut savoir que l'équilibre d'un ballon dans l'atmosphère est d'une extrême sensibilité. La perte d'un poids presque insignifiant suffit pour produire un déplacement très appréciable.
Le docteur n'oublia ni une tente qui devait recouvrir une partie de la nacelle, ni les couvertures qui composaient toute la literie de voyage, ni les fusils du chasseur, ni ses provisions de poudre et de balles.
Voici le résumé de ses différents calculs :
| Fergusson. | 135 | livres. |
| Kennedy... | 153 | — |
| Joe | 120 | — |
| Poids du premier ballon... | 650 | — |
| Poids du second ballon | 510 | — |
| Nacelle et filet. | 280 | — |
| Ancres, instruments, Fusils, couvertures, Tente, ustensiles divers, | 190 | — |
| Viande, pemmican, Biscuits, thé, Café, eau-de-vie, | 386 | — |
| Eau... | 400 | — |
| Appareil | 700 | — |
| Poids de l'hydrogène. | 276 | — |
| Lest | 200 | — |
| Total. | 4000 | livres |
Tel était le décompte des quatre mille livres que le docteur Fergusson se proposait d'enlever ; il n'emportait que deux cents livres de lest, pour « les cas imprévus seulement, » disait-il, car il comptait bien n'en pas user, grâce à son appareil.
CHAPITRE VIII
Importance de Joe. —Le commandant de la Resolute.—L'arsenal de Kennedy.—Aménagements.—Le dîner d'adieu.—Le départ du 21 février.—Séances scientifiques du docteur. —Duveyrier, Livingstone. —Détails du voyage aérien.—Kennedy réduit au silence.
Vers le 10 février, les préparatifs touchaient à la fin, les aérostats renfermés l'un dans l'autre étaient entièrement terminés ; ils avaient subi une forte pression d'air refoulé dans leurs flancs ; cette épreuve donnait bonne opinion de leur solidité, et témoignait des soins apportés à leur construction.
Joe ne se sentait pas de joie ; il allait incessamment de Greek street aux ateliers de MM. Mittchell, toujours affairé, mais toujours épanoui, donnant volontiers des détails sur l'affaire aux gens qui ne lui en demandaient point, fier entre toutes choses d'accompagner son maître. Je crois même qu'à montrer l'aérostat, à développer les idées et les plans du docteur, à laisser apercevoir celui-ci par une fenêtre entr'ouverte, ou à son passage dans les rues, le digne garçon gagna quelques demi-couronnes ; il ne faut pas lui en vouloir ; il avait bien le droit de spéculer un peu sur l'admiration et la curiosité de ses contemporains.
Le 16 février, le Resolute vint jeter l'ancre devant Greenwich. C'était un navire à hélice du port de huit cents tonneaux, bon marcheur, et qui fut chargé de ravitailler la dernière expédition de sir James Ross aux régions polaires. Le commandant Pennet passait pour un aimable homme, il s'intéressait particulièrement au voyage du docteur, qu'il appréciait de longue date. Ce Pennet faisait plutôt un savant qu'un soldat, cela n'empêchait pas son bâtiment de porter quatre caronades, qui n'avaient jamais fait de mal à personne, et servaient seulement à produire les bruits les plus pacifiques du monde.