« Voici maintenant des chiffres très exacts.
« Vingt-cinq gallons d'eau décomposée en ses éléments constitutifs donnent deux cents livres d'oxygène et vingt-cinq livres d'hydrogène. Cela représente, à la tension atmosphérique, dix-huit cent quatre-vingt-dix pieds cubes [Soixante-dix mètres cubes d'oxygène] du premier, et trois mille sept cent quatre-vingts pieds cubes [Cent quarante mètres cubes d'hydrogène] du second, en tout cinq mille six cent soixante-dix pieds cubes du mélange [Deux cent dix mètres cubes].
« Or, le robinet de mon chalumeau, ouvert en plein, dépense vingt-sept pieds cubes [Un mètre cube] à l'heure avec une flamme au moins six fois plus forte que celle des grandes lanternes d'éclairage. En moyenne donc, et pour me maintenir à une hauteur peu considérable, je ne brûlerai pas plus de neuf pieds cubes à l'heure [Un tiers de mètre cube] ; mes vingt-cinq gallons d'eau me représentent donc six cent trente heures de navigation aérienne, ou un peu plus de vingt-six jours.
« Or, comme je puis descendre à volonté, et renouveler ma provision d'eau sur la route, mon voyage peut avoir une durée indéfinie.
« Voilà mon secret, Messieurs, il est simple, et, comme les choses simples, il ne peut manquer de réussir. La dilatation et la contraction du gaz de l'aérostat, tel est mon moyen, qui n'exige ni ailes embarrassantes, ni moteur mécanique. Un calorifère pour produire mes changements de température, un chalumeau pour le chauffer, cela n'est ni incommode, ni lourd. Je crois donc avoir réuni toutes les conditions sérieuses de succès. »
Le docteur Fergusson termina ainsi son discours, et fut applaudi de bon cœur. Il n'y avait pas une objection à lui faire ; tout était prévu et résolu.
« Cependant, dit le commandant, cela peut être dangereux.
—Qu'importe, répondit simplement le docteur, si cela est praticable ?
CHAPITRE XI
Arrivée à Zanzibar,—Le consul anglais.—Mauvaises dispositions des habitants. —L'île Koumbeni.—Les faiseurs de pluie —Gonflement du ballon.—Départ du 18 avril.— Dernier adieu.—Le Victoria.